• 1) Avant l'examen oral



        Ne pas oublier de prendre le jour de l’examen le matériel exigé par votre professeur (livres divers, feuilles spécifiques...).
       
        Pendant la préparation, ne pas noter par écrit toutes les réponses détaillées à chaque question. C'est d'ailleurs impossible, car un temps de préparation bien défini et relativement court vous est imparti. Indiquer plutôt un plan de réponse ou quelques mots qui vous rappellent les idées à ne pas omettre. Si vous avez un temps de préparation suffisamment long, vous pourrez compléter votre plan ultérieurement.
       
        Il est préférable d'avoir une tenue vestimentaire correcte et classique !

        Il est vivement conseillé, avant l’examen oral, de faire des recherches supplémentaires (livres conseillés par le professeur, bibliothèque, Internet...). Vous aurez ainsi fait preuve d’originalité en montrant, par exemple, que vous pouvez dépasser le cadre du cours.  Pourquoi ne pas faire  appel à d'autres aspects du cours de français qui seraient en rapport avec la question posée ?  La référence à votre culture peut également, dans certains cas, être souhaitable. Bref,  impressionnez  votre professeur !


    2) Pendant l'examen oral

        Avant de commencer à répondre rappelez la question et répondez-y avec méthode. Si la réponse est longue, vous pouvez annoncer d'une manière brève le plan de votre réponse. Annoncez les différentes questions de votre examen («je passerai maintenant à la question suivante») !

        La rigueur est très importante : répondez avec précision et directement à la question posée. Trop d'étudiants répondent d'une façon vague ou ne répondent pas à la question posée ! D'où l’importance de bien comprendre la question posée.

        Comprenez ce que vous dites ! N’ utilisez donc pas des termes complexes dont vous ne comprenez pas le sens ! La réflexion et la compréhension passent donc  avant la restitution !
       
        Ne pas se contenter de lire sa feuille (dans le cas où une  préparation écrite précède l'examen oral) : il est donc indispensable de s'en détacher et de regarder, à certains moments, le professeur. Une gestuelle naturelle au service de la parole est également conseillée.
           
        Ne noyez donc pas le poisson par un bavardage hors du sujet qui masque souvent le fait que l'on ne connaît pas très bien sa matière.
       
        Si vous ne connaissez pas la réponse, il est préférable de le dire : le professeur vous mettra peut-être sur la voie...

        Ne jamais demander au professeur si vous avez bien répondu à la question posée !

        Il est indispensable de rester calme et de ne pas être agressif à l'égard du professeur !
       
        Par contre, pour défendre sa réponse, une certaine énergie est conseillée ! Répondez à chaque question avec force et conviction. Et si votre professeur vous demande votre point de vue, n’ayez pas peur de le défendre avec une certaine combativité !
       
        Il est important d’être sûr de soi et en même temps d’ avouer et de reconnaître que l'on s'est peut-être trompé.
       
        La confiance en soi est primordiale : celle-ci sera souvent acquise si la matière est comprise et assimilée.
       
        Dans le cas où le professeur vous le permet, répondez à toutes les questions sans demander après chaque réponse si vous pouvez passer à la question suivante.
       
        Ne pas hésiter de demander au professeur un petit temps de réflexion supplémentaire si nécessaire.
       
        Si le professeur tente de vous remettre sur la voie, ne pas le laisser
     achever : reprendre la parole dès que les souvenirs reviennent.
           
        Parlez correctement , à voix forte et  en ne mâchant pas vos mots !    

        N’utilisez surtout pas de termes familiers !

        Et n’oubliez pas de sourire de temps à autre !

       
               


  • L'examen oral

    Tout étudiant sera confronté un jour ou l'autre à cette épreuve qui demande une certaine préparation ! Voici quelques conseils pratiques.


    1) Avant l'examen oral


    Ne pas oublier de prendre le jour de l’examen le matériel exigé par votre professeur (livres divers, feuilles spécifiques...).

    Pendant la préparation, ne pas noter par écrit toutes les réponses détaillées à chaque question. C'est d'ailleurs impossible, car un temps de préparation bien défini et relativement court vous est imparti. Indiquer plutôt un plan de réponse ou quelques mots qui vous rappellent les idées à ne pas omettre. Si vous avez un temps de préparation suffisamment long, vous pourrez compléter votre plan ultérieurement.

    Il est préférable d'avoir une tenue vestimentaire correcte et classique !

    Il est vivement conseillé, avant l’examen oral, de faire des recherches supplémentaires (livres conseillés par le professeur, bibliothèque, Internet...). Vous aurez ainsi fait preuve d’originalité en montrant, par exemple, que vous pouvez dépasser le cadre du cours. Pourquoi ne pas faire appel à d'autres aspects du cours de français qui seraient en rapport avec la question posée ? La référence à votre culture peut également, dans certains cas, être souhaitable. Bref, impressionnez votre professeur !


    2) Pendant l'examen oral

    Avant de commencer à répondre rappelez la question et répondez-y avec méthode. Si la réponse est longue, vous pouvez annoncer d'une manière brève le plan de votre réponse. Annoncez les différentes questions de votre examen («je passerai maintenant à la question suivante») !

    La rigueur est très importante : répondez avec précision et directement à la question posée. Trop d'étudiants répondent d'une façon vague ou ne répondent pas à la question posée ! D'où l’importance de bien comprendre la question posée.

    Comprenez ce que vous dites ! N’ utilisez donc pas des termes complexes dont vous ne comprenez pas le sens ! La réflexion et la compréhension passent donc avant la restitution !

    Ne pas se contenter de lire sa feuille (dans le cas où une préparation écrite précède l'examen oral) : il est donc indispensable de s'en détacher et de regarder, à certains moments, le professeur. Une gestuelle naturelle au service de la parole est également conseillée.

    Ne noyez donc pas le poisson par un bavardage hors du sujet qui masque souvent le fait que l'on ne connaît pas très bien sa matière.

    Si vous ne connaissez pas la réponse, il est préférable de le dire : le professeur vous mettra peut-être sur la voie...

    Ne jamais demander au professeur si vous avez bien répondu à la question posée !

    Il est indispensable de rester calme et de ne pas être agressif à l'égard du professeur !

    Par contre, pour défendre sa réponse, une certaine énergie est conseillée ! Répondez à chaque question avec force et conviction. Et si votre professeur vous demande votre point de vue, n’ayez pas peur de le défendre avec une certaine combativité !

    Il est important d’être sûr de soi et en même temps d’ avouer et de reconnaître que l'on s'est peut-être trompé.

    La confiance en soi est primordiale : celle-ci sera souvent acquise si la matière est comprise et assimilée.

    Dans le cas où le professeur vous le permet, répondez à toutes les questions sans demander après chaque réponse si vous pouvez passer à la question suivante.

    Ne pas hésiter de demander au professeur un petit temps de réflexion supplémentaire si nécessaire.

    Si le professeur tente de vous remettre sur la voie, ne pas le laisser
    achever : reprendre la parole dès que les souvenirs reviennent.

    Parlez correctement , à voix forte et en ne mâchant pas vos mots !

    N’utilisez surtout pas de termes familiers !

    Et n’oubliez pas de sourire de temps à autre !







  • Je vous propose quelques consignes sur l’exposé oral : l’étudiant est souvent confronté à cet exercice au cours de ses études. Cet exposé peut prendre plusieurs formes et peut être évalué sur la base de plusieurs critères.


    PRÉLIMINAIRES

    • L’exposé oral peut varier sur le plan du contenu et sur le plan de la durée.

    • L’étudiant peut être amené à exposer un sujet traditionnel (sujet au choix ou sujet libre), à commenter un livre, un film ou une exposition, à partager une expérience personnelle.

    • La durée de l’exposé peut varier en fonction du nombre d’étudiants par classe (entre trois et dix minutes). Ces contraintes de durée demandent à l’étudiant un effort d’adaptation : il devra particulièrement synthétiser ses idées ou il pourra se permettre de développer davantage certains aspects.

    • L’étudiant pourra se présenter avec le texte de son exposé, avec un plan de l’exposé ou sans aucune note.


    CONSEILS


    1) LA RESPIRATION


    • Une respiration trop rapide crée une certaine anxiété.
    • La plupart des gens respirent par la poitrine. Cette façon de respirer augmente la tension musculaire et la fréquence respiratoire. Elle augmente le stress et bloque la voix. Un moyen de s’entraîner à lutter contre le trac est la pratique régulière de la respiration abdominale. Cette respiration ventrale aide à être moins tendu.

    Exercice
    Fermez votre bouche et inspirez, par le nez, en soulevant la paroi abdominale.
    Ensuite, expirez lentement et régulièrement, la bouche ouverte, en abaissant petit à petit la paroi abdominale jusqu’à ce qu’elle revienne à sa position normale. Lorsque vous serez bien habitué à la respiration ventrale, vous pourrez retenir votre souffle après l’inspiration (inspiration : 2 à 4 secondes ; rétention : 8 à 16 secondes ; expiration : 4 à 8 secondes)


    2) LA VOIX

    a) Le débit

    • Ne pas parler trop vite ou trop lentement. Si vous parlez trop vite, l’auditoire aura l’impression que vous voulez terminer rapidement votre exposé. Il faut d’ailleurs laisser à l’auditoire le temps de digérer ce qui est dit ! Si vous parlez trop lentement, vous crisperez peut-être l’auditoire.
    • Les pauses sont indispensables car elles délimitent les unités d’information.

    b) La modulation

    • Varier le ton de la voix (une diction non modulée est monotone).
    • Une voix naturelle est conseillée !

    c) L’amplitude (ou l’intensité)

    • Parler à voix forte en fonction du volume de l’espace et du nombre des auditeurs.
    • Ne pas confondre l’amplitude de la voix et la hauteur de la voix : une voix aiguë ou grave font partie du registre de la hauteur. Il est important de connaître la hauteur de sa voir afin de mieux la gérer.

    d) L’articulation

    • Elle consiste à bien faire entendre les différents sons sans «mâcher» ses mots.
    • Le travail de l’articulation est axé sur les consonnes.
    • L’exercice du crayon peut vous aider à mieux articuler (prendre un crayon octogonal et le placer dans la bouche, serré entre les dents, perpendiculairement à soi et pointé un peu vers le haut).


    3) LE CORPS

    a) Les gestes

    • Il faut savoir que les gestes sont très explicites et qu’il est important de donner un sens à son geste ( les gestes peuvent être utilisés pour appuyer son propos). Les gestes doivent aider à la compréhension de l’exposé.
    • Aucun geste n’est interdit du moment que la gestuelle soit mise au service de la parole.
    • Il est cependant conseillé de ne pas mettre ses mains dans les poches ou la main devant la bouche.
    • Il faut à la fois éviter une gesticulation trop importante et un comportement statique (il est donc préférable de se déplacer de temps à autre et sans gesticuler plutôt que de rester continuellement rivé à son bureau).
    • Un certain dynamisme est conseillé !

    b) Le visage expressif et parfois souriant est préférable à un visage neutre !

    c) Le regard

    • Apprendre à regarder chaque membre de l’auditoire.
    • Évitez le regard fuyant et sans expression.
    • Évitez le regard fixé sur une seule personne ou une partie de l’auditoire!
    • Ne pas baisser les yeux, regarder le plafond ou la fenêtre !
    • Ne pas parler en ne regardant que les étudiants de la première rangée.
    • Donnez l’impression que vous parlez pour chaque personne en particulier (votre regard doit donc passer de l’une à l’autre personne) : certains praticiens du langage conseillent, pour le regard, un circuit hélicoïdal.

    d) Le vêtement

    • Tout élément vestimentaire a une signification.
    • Un étudiant doit savoir qu’il suscitera des réactions diverses selon qu’il portera un vêtement excentrique ou un costume avec cravate !
    • Un vêtement correct est conseillé : une manière de respecter votre auditoire.

    4) LA LANGUE

    • Une syntaxe et un style corrects.
    • Un niveau de la langue courant (un registre plus technique peut être utilisé en fonction du sujet suivi).
    • Un vocabulaire adéquat : il convient, en outre, d’expliquer les mots plus difficiles (le vocabulaire doit, en effet, être adapté à l’auditoire).
    • Ne pas répéter les mêmes mots ou expressions (exemple : «et alors...»).


    5) LA STRUCTURE

    • Annoncez les différentes parties de votre exposé (une introduction et une conclusion sont souhaitables).
    • Utilisez parfois des liens logiques de transition (ceux-ci sont néanmoins moins nombreux qu’à l’écrit).


    6) LE CONTENU

    a) Le sujet

    • Tout sujet peut être en soi intéressant, mais c’est surtout la manière de le présenter qui doit être originale.
    • Prenez garde à ne pas présenter des banalités. Recherchez plutôt à présenter ce qui est peu connu ou ce qui étonne : c'est le meilleur moyen d'attirer l'attention de votre auditoire.
    • Évitez néanmoins les sujets passe-partout (exemple : le football chez les étudiants passionnés par ce sport !).
    • Essayez de faire un exposé intéressant et vivant : faire appel à des faits d’actualité, utiliser des comparaisons, pratiquer l’humour, recourir à des exemples...

    b) L’argumentation

    • Il convient de bien argumenter ses idées.
    • Les informations doivent être exactes (il est donc indispensable de bien se documenter au préalable) : cette observation n’est pas valable pour un exposé qui présenterait un ton plus personnel.

    c) Le support

    • Un support visuel peut être utilisé (tableau, affiche). Mais prévoyez de ne pas tourner trop longtemps le dos à votre auditoire.
    • Si vous désirez faire circuler des photographies ou des objets parmi votre auditoire, il est souvent préférable de le faire après votre exposé (dans le cas contraire l’attention de l’auditoire sera moins soutenue).


    7) LES NOTES

    • Ne pas se plonger continuellement dans ses notes (il est préférable d’avoir un plan de l’exposé).
    • Ne pas réciter ses notes par coeur !
    • Soulignez éventuellement les parties importantes dans différentes couleurs. Le but est de vous permettre de trouver très rapidement le mot ou la phrase que vous risquez d'oublier.


    8) LA DURÉE

    Respectez la durée qui vous est proposée. Si l’exposé est trop long, vous serez probablement interrompu. Si l’exposé est trop rapide, vous risquez de décevoir l’auditoire et votre professeur.









  •  

     

    Emilio DaneroL'intertextualité

    L’intertectualité nous permet de découvrir une oeuvre littéraire dans tout son foisonnement culturel.
    Bruno Hongre nous fait comprendre, grâce à l’étude de ce concept, qu’une oeuvre n’est jamais autonome. Elle est en effet influencée par des oeuvres antérieures. Tout texte est à mettre en relation avec d’autres textes ou avec la culture environnante dans lesquels, consciemment ou inconsciemment, l’auteur va chercher une partie de son inspiration.


    Le constat

    Un texte n’existe jamais tout seul.
    D’une part, il fait le plus souvent partie d’un livre (recueil, discours, roman, pièce de théâtre, etc.), c’est-à-dire d’un ensemble d’autres textes qui entrent en résonance avec lui, et contribuent à lui donner son sens : par exemple, un poème de Victor Hugo, d’abord écrit pour lui-même, puis placé selon un certain ordre dans Les Contemplations, prendra de ce fait même une signification qui n’apparaissait pas dans le texte pris isolément.
    D’autre part, un texte est souvent pétri de références culturelles plus ou moins conscientes (citations, imitations ou transpositions, pastiches, parodies, allusions, réminiscences) qui sont autant de traces plus ou moins littérales issues d’autres livres ou d’autres époques. Ainsi, les écrivains dits classiques imitaient d’une façon délibérée les « Anciens », c’est-à-dire les auteurs de l’Antiquité grecque et latine : ils leur empruntaient la matière de leurs œuvres, des thèmes poétiques ou dramatiques, des fables, des mythes, des réflexions, etc., jusqu’à reprendre leurs formules mêmes (ainsi, la fameuse réplique de Phèdre, « C’est toi qui l’as nommé. », au vers 264, est déjà chez Euripide1). L’étude savante des « sources » d’une œuvre montre à quel point la part d’éléments empruntés est la règle et la part de création originale l’exception. Mais ce que les classiques faisaient délibérément, la plupart des écrivains le font spontanément, influencés qu’ils sont par leurs lectures, par le contexte culturel auquel ils appartiennent, par les codes littéraires venus de leurs prédécesseurs, etc. Bien entendu, dans cette place prise, au sein d’un texte donné, par les éléments textuels ou thématiques (formulations, motifs, mythes, symboles, archétypes, etc.) venus d’ailleurs, les grandes traditions culturelles de notre civilisation se taillent la part du lion : l’héritage gréco-romain et l’héritage judéo-chrétien en particulier. Par exemple, on ne peut comprendre le titre du récit de Camus La Chute, sans se référer à la Genèse, pas plus d’ailleurs qu’une simple phrase comme celle de Proust : « Les vrais paradis sont ceux qu’on a perdus. »
    D’où une première définition : au sens strict, l’intertextualité recouvre l’ensemble des traces laissées dans un texte donné par un ou plusieurs textes antérieurs (parfois contemporains), et l’étude des relations qu’on peut observer entre ce texte et ceux auxquels il fait écho (citation, imitation consciente, réminiscence ; reprise plus moins transformée ; référence critique ; opposition radicale, etc.). Car il ne suffit pas de découvrir ce que reprend un auteur : l’intérêt, c’est de montrer ce qu’il fait des éléments qu’il reprend.



    La complexité de la notion

    Si l’on considère un texte à ces trois niveaux que représentent son écriture, sa structure et sa thématique, on peut trouver à la notion d’intertextualité une extension quasi sans limites :

    • Du côté du style et de l’écriture, les tournures (souvent académiques), les expressions choisies (parmi toutes celles dont la littérature a enrichi notre langue), les références littérales ou proverbiales sont extrêmement nombreuses2. C’est à celles-ci, le plus souvent explicites, que l’on pense d’abord lorsqu’on parle d’intertextualité. Mais les mots eux-mêmes dont use innocemment le moindre écrivain sont déjà chargés des connotations que d’autres ont pu y mettre, ses contemporains ou ses prédécesseurs3. Par exemple, il m’est impossible d’employer après Pascal le terme « divertissement », ou après Baudelaire le mot « spleen », sans que mon texte personnel soit imprégné de la « marque » qu’ont ajoutée ces deux auteurs à chacun de ces termes. Même si je n’ai pas lu Pascal, même si j’ignore Baudelaire ! Un lecteur plus cultivé que moi, en lisant mon énoncé, redonnera à celui-ci la richesse originelle dont sont chargés ces mots. Et, très généralement, chaque fois que nous lisons un texte du passé, nous le « transformons » en prêtant à ses expressions des significations ou des nuances qu’elles ont acquises depuis, et auxquelles l’auteur ne pouvait pas songer : son texte se trouve alors modifié, enrichi (voire trahi) — rétroactivement — par l’effet des textes postérieurs qui ont fait évoluer le vocabulaire… Le résultat, c’est qu’en lisant le plus naturellement du monde, nous faisons de l’intertextualité sans le savoir !

    • Du côté des structures d’un texte, il en est de même. Si je me sers du code romanesque élaboré par tous les auteurs qui ont raconté quelque chose depuis que la littérature existe, si j’utilise les ressources de la rhétorique développées par tous les orateurs dont les discours sont parvenus jusqu’à nous, je vais imiter des formes ou retrouver des procédés mis au point avant moi et qui vont rendre ma page efficace. Les textes que j’ai en mémoire, et qui ont en quelque sorte « formaté » mon esprit, sont donc au travail en moi au moment même où j’écris. Idem, en ce qui concerne les différents genres ou codes poétiques : le choix du sonnet, l'usage de l'alexandrin contribuent largement à prédéterminer les effets d'un poème (le sonnet classique est construit en fonction de sa « chute » — cet « effet de sens » final ; le rythme de l'alexandrin facilite et impose à la fois la mise en valeur de certains mots nécessairement accentués, etc.). Ainsi, au niveau des structures, l’intertextualité est reine : tout texte est secrètement influencé, que l’auteur le veuille ou non, par la forme historique dans laquelle il se coule. Et, comme précédemment, le lecteur, nourri des ouvrages contemporains, va nécessairement lire les œuvres du passé en fonction de sa nouvelle culture, s’étonner que des livres anciens soient, par leur forme, « étonnamment modernes », etc. Par exemple, on peut lire les « utopies » du passé à la lumière de notre lecture des livres de science-fiction, ce qui peut leur redonner un intérêt inattendu.

    • Enfin, concernant la thématique d’un texte, du moindre extrait à l’œuvre globale, elle est elle-même en relation avec l’ensemble des thèmes plus ou moins proches (ou même parfaitement opposés) qui ont déjà pu être traités dans la littérature qui précède. Par exemple, si j’écris un texte pacifiste, je puis être influencé par tel article de l’ Encyclopédie sur la guerre ; si je n’ai pas lu cet article, je peux être influencé par d’autres auteurs qui l’ont lu ; plus généralement, je peux être imprégné de la culture diffuse que les écrivains des Lumières ont répandue sur ce sujet, et mon discours s’en ressentira que je le veuille ou non. Il ne sera donc pas illégitime, pour un lecteur qui veut commenter ce texte, de faire référence aux idées qu’il a trouvées dans l’Encyclopédie, et qui ne sont pas sans rapport avec ce que j’ai écrit moi-même, quoique n’ayant jamais lu le fameux article. On voit donc que la notion d’intertextualité va permettre à un lecteur ou à un critique de mettre en rapport des textes qui n’ont jamais été objectivement en relation directe. Et même, pour éclairer ou commenter une page produite à un date précise, de procéder à des comparaisons avec des textes écrits ultérieurement !


    Mais au cours de ces quelques remarques, nous sommes passés insensiblement de la genèse du texte (ses rapports avec les textes précédents ou contemporains qui l’ont nourri) à la question de sa lecture (ce que la connaissance d’autres textes, publiés plus tard, permet d’y lire, d’y projeter, d’y comprendre, etc., — indépendamment bien sûr de ce qu’a voulu faire l’auteur). Cela va nous permettre de compléter notre définition de l’intertextualité. En nous plaçant à ce second point de vue, nous pourrons donc ajouter cette précision de taille : l’intertextualité, c’est aussi l’ensemble des relations — et leur étude éventuelle — que peut entretenir un texte donné avec toutes sortes d’autres textes (y compris postérieurs) dont on le rapproche pour mieux le comprendre, le ressentir ou l’interpréter (ce qui suppose, bien sûr, que l’on justifie les rapprochements que l’on opère). Notons que si l’on voulait distinguer les deux significations du mot, on pourrait choisir de nommer la première « contextualité », et préférer pour la seconde l’expression « lecture intertextuelle ». Mais globalement, il s’agit bien d’un seul et même concept. Et c’est le lieu ici de citer l’excellente définition qu’en donne le « Petit Larousse » (éd. 2003), qui couvre justement les deux aspects que nous venons d’explorer : « Intertextualité : Ensemble des relations qu’un texte, et notamment un texte littéraire, entretient avec un autre ou avec d’autres, tant au plan de sa création (par la citation, le plagiat, l’allusion, le pastiche, etc.), qu’au plan de sa lecture et de sa compréhension, par les rapprochements qu’opère le lecteur. »

    Ainsi, l’intertextualité, ce n’est pas seulement le fait pour l’auteur d’inscrire des éléments issus de sa culture dans ce qu’il écrit ; c’est aussi le fait, pour le lecteur, d’introduire ou projeter dans le texte même qu’il croit seulement décrypter, des éléments inscrits en lui par ses autres lectures. Chacun, dans sa relation au texte, investit en quelque sorte son « capital textuel » et sa capacité d’analyse. D’où au moins deux conséquences :

    1) Personne ne lit jamais exactement le même texte : chacun projette et interprète, découvrant donc et décodant à sa manière — singulière et unique — les significations que l’auteur a « encodées » dans son « message ». Un contemporain de Pascal ou de Racine ne pouvait pas percevoir les Pensées ou Phèdre comme nous recevons nous-mêmes ces textes, et réciproquement. Lors même que nous relisons un même texte, ce n’est déjà plus la même lecture que nous en faisons. Non pas seulement parce qu’a changé notre expérience des choses auxquelles renvoient les mots. Mais parce que, au fil du temps, avec l’évolution conjointe de notre culture et de la langue qui la traduit, notre mode de lecture s’est déjà modifié. L’auteur lui-même qui se relit, quelques années après (et parfois plus tôt), ne perçoit plus son texte exactement comme il avait eu conscience de l’écrire : il y repère des intuitions dont il n’avait pas conscience en écrivant, il y observe des logiques nouvelles, il y constate les retentissements que l’époque a pu avoir sur lui à son insu… Il découvre qu’il n’a été que partiellement « l’auteur » de ce qu’il a écrit. On est traversé par l’écriture, on n’en est pas la source.

    2) L’acte de lire n’est jamais l’absorption naïve — au premier degré — d’un contenu donné, dans un récipient vide que serait l’esprit du lecteur. Il y a toujours une interaction entre ce que nous propose le texte et ce que notre « capital textuel » va nous permettre d’en retirer (en le triant, en l’interprétant, en le « recréant » à l’aide de notre imaginaire, bref en le faisant « exister » originalement dans notre conscience). Bien loin d’absorber passivement, le lecteur filtre, réagit, examine, joue avec le texte : dès sa première lecture, il lit « au second degré ». Compte-tenu de la somme de savoirs qui est en nous, à la suite de tout ce que nous avons appris et lu par ailleurs (sans parler de ce que nous avons vécu), la lecture la plus spontanée d’un texte nouveau est toujours intertextuelle, toujours plus ou moins « critique ». Or, ces savoirs qui sont en nous ne se limitent pas à la littérature : ils recouvrent tout ce qu’on nomme « culture », tout ce qui forme l’imaginaire humain, tout ce qui nourrit nos capacités d’examen critique (connaissances historiques, sciences humaines, etc.). Ainsi, sur un texte donné, la lecture intertextuelle peut consister en une lecture informée par la psychanalyse, la sociologie, etc. L’exemple du mythe d’Œdipe est éloquent à ce sujet. On sait que Freud en a tiré le concept n°1 de sa théorie, le « complexe d’Œdipe ». Si on connaît un peu la psychanalyse, on va donc pouvoir lire la pièce de Sophocle Oedipe-Roi de façon totalement nouvelle par rapport à la lecture qui a pu en être faite jusqu’au XXe siècle. Idem pour Electre de Sophocle, idem pour le Hamlet de Shakespeare, idem pour Les Gommes d’Alain Robbe-Grillet, idem pour bien d’autres œuvres, dont la cohérence interne se trouve considérablement enrichie par une « lecture oedipienne », si l’on parvient bien sûr à trouver dans les textes suffisamment d’indices autorisant cette « lecture ».

    3) Les perspectives précédentes ne signifient pas qu’on puisse lire et faire dire à un livre ou à un extrait n’importe quoi. Quels que soient notre abord du texte, notre « horizon d’attente » et nos hypothèses de lecture, il faut bien sûr que ce que nous croyons y reconnaître y soit présent, c’est à dire « lisible », (même si l’auteur n’en a pas eu conscience), et puisse être étayé par des faits ou par des repérages précis ; il faut surtout qu’aucun élément objectif du texte (structures, langue, thèmes, etc.) ne vienne contredire l’interprétation proposée. En règle générale, on constate que les grands textes de la littérature sont particulièrement concernés par la notion d’intertextualité : d’abord parce qu’ils ne naissent pas de génération spontanée (ils sont l’aboutissement de sources nombreuses qui ont fécondé le « génie » de l’auteur), et ensuite, parce qu’ils fécondent eux-mêmes de multiples œuvres qui vont s’y référer plus ou moins explicitement... si bien que les plus grands « textes fondateurs » sont aussi ceux qu’il nous est impossible de lire tels qu’ils ont été publiés, car on ne peut les aborder que l’esprit déjà façonné (voire encombré !) par tout ce qu’ils ont engendré comme imitations, références ou commentaires. Par exemple, le Don Quichotte de Cervantès, né lui-même d’une nostalgie distanciée et d’une réflexion critique sur les romans de chevalerie qu’il parodie, a eu une telle influence sur la littérature postérieure (on le qualifie souvent de « premier roman moderne ») qu’il se présente vraiment comme un carrefour d’intertextualité4. Idem pour un ouvrage comme Les Pensées, dont nous parlions ci-dessus, qu’il est impossible d’apprécier sans se référer aux grands auteurs dont Pascal s’est inspiré (Montaigne, Saint Augustin par exemple) ni aux écrivains qui, après lui, ont reconnu leur dette envers lui, qu’ils aient subi sa marque (comme Chateaubriand) ou se soient opposés à sa vision des choses (comme Voltaire)…



    Du bon usage de l’intertextualité (dans un commentaire de texte)

    Les considérations auxquelles conduit la notion d’intertextualité peuvent donner le vertige sur ce qu’est profondément la littérature vivante. On comprend qu’il serait hasardeux, dans les exercices d’explication scolaire, de pratiquer la « lecture intertextuelle » sans une grande maîtrise de l’histoire littéraire et des savoirs critiques. Quelques conseils sur la méthode à suivre s’avèrent donc nécessaires.

    1) Avant tout, notamment à l’examen, il faut se pénétrer du texte. Tout le texte, rien que le texte, dans tout ce qu’il a d’objectif et d’explicite, concernant ce qu’il dit et la façon dont il le dit : voilà le premier travail à conduire méthodiquement, à l’aide des outils traditionnels d’explication que nous avons rappelés dans les articles précédents, en suggérant de mettre en relation le « je ressens » et le « je recense » (composition, nature du vocabulaire, champs lexicaux, figures de style, prosodie, effets visuels ou rythmiques, etc.). Il est vrai que dans cette première opération, des éléments intertextuels accompagnent immanquablement notre approche : ce que l’on « recense » nous renvoie forcément à des textes de même nature ou d’un même genre ; ce que l’on « ressent » nous rappelle des impressions similaires (examiner notre « horizon d’attente », c’est recenser des émotions que l’on croit spontanées alors qu’elles sont déjà pré-construites en nous par l’expérience de lectures antérieures !). Simplement, il faut savoir clairement ce que l’on fait, et se retenir devant des interprétations hâtives.

    2) La seconde opération consiste à faire usage très consciemment de l’intertextualité au sens premier du terme, c’est-à-dire au sens strict, que nous avons aussi nommé « contextualité ».
    L’examen du passage à commenter ayant été bien conduit, on peut alors sortir de sa « textualité » et tenir compte de connaissances externes, chercher en quoi elles éclairent le texte, ou du moins ajoutent des éléments d’explication. Deux niveaux de contextualité peuvent alors être définis :

    a) Celui qui relève de l’œuvre de l’auteur lui-même

    Le premier niveau consiste à situer l’extrait qu’on étudie (quelle est sa place, dans quel ouvrage, que peut-on en conclure) et à le mettre en relation avec d’autres passages de cet auteur (observés dans d’autres ouvrages le cas échéant). Ce principe, qui revient à expliquer l’auteur par lui-même, se justifie dans la mesure où un véritable écrivain n’élabore pas des textes isolés et partiels, mais construit d’ouvrage en ouvrage un univers dont toutes les parties s’éclairent mutuellement.


    b) Celui qui relève des autres textes, contemporains ou antérieurs, qui ont influencé littéralement ou globalement l’œuvre en question.

    Le second niveau consiste classiquement à repérer dans un texte les influences dont il est en partie le produit, qu’il s’agisse d’emprunts conscients (imitations, allusions, parodies) ou inconscients (réminiscences, reprises de motifs ou de formes, etc.). Recherche qui s’élargit très vite au contexte historique et culturel dans lequel l’œuvre a été écrite ou représentée (conditions d’élaboration, mouvement esthétique, avec ses ruptures et ses fidélités, etc.) : c’est ce contexte que les éditions universitaires retracent souvent de façon tout à fait satisfaisante.

    3) La « lecture intertextuelle » au sens large peut alors être tentée, en se donnant très clairement quelques hypothèses de recherche : rapprochements thématiques d’ouvrages ou de passages d’époques très diverses (l’amour, la mort, la cité, l’exil, etc.), analyse des grands archétypes de l’humanité (notamment des scènes fondamentales comme la scène de la Tentation, des mythes qui se répètent sous diverses formes comme le mythe de Prométhée ou le mythe de Faust), schémas d’interprétation empruntés aux sciences humaines (psychanalyse, histoire, ethnologie, structuralisme, épistémologie). Le texte peut alors être mis en correspondance avec d’innombrables autres textes qui semblaient sans rapport apparent avec lui, laissant soudain apparaître en lui des logiques imprévues, des résonances nouvelles, des significations surprenantes.

    La règle des règles, que l’intertextualité soit envisagée au sens strict ou au sens large, c’est d’éviter de ne voir dans un texte que la répétition de ce qu’on a trouvé dans d’autres. Que la « structure oedipienne », souvent présente dans une œuvre, ajoute une cohérence à un récit ou à une scène est une chose intéressante ; mais le risque demeure de réduire l’œuvre à ce schéma, au lieu de montrer combien elle l'enrichit ou le renouvelle5. Il faut éviter de banaliser, en faisant d’un extrait un doublet d’autres textes dont on le rapproche. Il y a toujours danger de remplacer une explication par une énumération de références qui montrent la culture du commentateur, mais ne rendent pas compte de la valeur spécifique du texte à commenter. S’il est bon de reconnaître ce qui est répétitif d’une œuvre à l’autre, dans les idées ou dans la forme, il faut très vite éliminer le banal pour mettre en relief l’original. Ne repérer des traits communs que pour faire ressortir des combinaisons spécifiques. En un mot : ne re-connaître que pour connaître du nouveau.




    Deux exemples pris dans Baudelaire


    1) L’intertextualité au sens strict (ou « contextualité »)

    Soit le poème « A une Passante », qui figure dans la seconde partie des Fleurs du Mal (édition de 1861).
    Voici le texte de ce célèbre sonnet :

    La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d’une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
    Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

    Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
    Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !



    Supposons maintenant que le commentaire de ce texte, donné sans autre précision à un examen, ait été achevé. Le candidat a rendu sa copie. Il veut en savoir plus, en examinant la « contextualité » de ce poème.

    A) Pour commencer, il va chercher en quoi Baudelaire explique Baudelaire. Voici quelques informations qu’il peut trouver :

    1) Ce texte figure dans la partie des Fleurs du Mal intitulée « Tableaux Parisiens », ce qui peut être une piste de lecture (le texte comme croquis parisien).
    2) Il y a des variantes, comme celle du dixième vers : le poète, avant d’écrire « m’a fait soudainement renaître », avait écrit « m’a fait souvenir et renaître » (ce qui rattache le texte au thème de la vie antérieure).
    3) Dans le poème en prose Les Veuves, on trouve une évocation proche : « C’était une femme grande, majestueuse, et si noble dans tout son air […] Son visage triste et amaigri, était en parfaite concordance avec le grand deuil dont elle était revêtue. » Mêmes traces textuelles dans le poème en prose Le Désir de peindre : « Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite […]. En elle, le noir abonde […] , et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres. »
    4) Bien entendu, le thème de l’idéalisation de la femme, dans l’ensemble des poèmes de Baudelaire, ne manque pas d’entrer en résonance avec ce texte en particulier et d’en enrichir l’interprétation.

    B) L’observation du contexte culturel — les œuvres contemporaines ou antérieures — pourra être aussi une précieuse source. Ainsi, dans l’un de ses contes recueillis sous le titre Champavert (1832), Petrus Borel écrit à propos d’une femme qui vous apparaît comme une illumination : « Pour moi, cette pensée qu’on ne reverra jamais cet éclair qui nous a éblouis, […], que deux existences faites l’une pour l’autre, pour être adorées, pour être heureuses ensemble en cette vie et dans l’éternité, sont à jamais écartées, […] – pour moi, cette pensée est profondément douloureuse. » Plus étrangement encore, Gérard de Nerval publie la même année un recueil d’Odelettes, dont l’une, intitulée « Une allée du Luxembourg », traite le même sujet dans une tonalité assez différente mais avec des expressions fort proches ; la voici :

    Elle a passé, la jeune fille,
    Vive et preste comme un oiseau :
    À la main une fleur qui brille,
    À la bouche un refrain nouveau.

    C’est peut-être la seule au monde
    Dont le cœur au mien répondrait,
    Qui, venant dans ma nuit profonde,
    D’un seul regard l’éclaircirait !

    Mais non, - ma jeunesse est finie…
    Adieu, doux rayon qui m’a lui, -
    Parfum, jeune fille, harmonie…
    Le bonheur passait, - il a fui !


    S’il est à peu près sûr que Baudelaire connaissait ces deux textes, n’allons pas crier au plagiat. Il s’agit avant tout d’une même source d’inspiration romantique (et humaine). Ce que permet le recours à l’intertextualité, c’est — en rapprochant ces textes — de montrer l’originalité de chacun. Sur un même thème, une page ou une poésie réussie n’influence pas seulement en suscitant l’envie de l’imiter, mais aussi en donnant le désir de s’en différencier.

    C) Après avoir examiné ces sources, le candidat à l’explication peut naturellement passer à la lecture intertextuelle au sens large, et comparer les scènes de rencontres, les récits d’illuminations ou de coups de foudre, aussi bien dans la littérature postérieure, romantique ou non (par exemple la « première apparition » de Madame Arnoult aux yeux de Frédéric, dans l’Éducation sentimentale de Flaubert), que dans le cinéma, etc.

    2/ L’intertextualité au sens large (la lecture intertextuelle)

    Prenons maintenant, toujours dans Les Fleurs du Mal, le poème « Spleen » n°78.
    Sur le premier niveau d’intertextualité, celui qui permet de comprendre Baudelaire par Baudelaire, on notera que plusieurs poèmes ont ce même titre (la notion de « spleen » est donc dès le début intertextuelle !), que ces poèmes dans la première partie du recueil suivent ceux qui illustrent « l’Idéal » (et donc, le spleen doit s’expliquer comme une chute, une désillusion qui suit nécessairement tout mouvement vers l’Idéal), que l’auteur a intitulé son recueil de poèmes en prose Le Spleen de Paris , ce qui autorise le commentaire (savant) à de multiples rapprochements intertextuels…
    Mais la lecture intertextuelle va vite nous conduire à élargir la question du « spleen » au traitement général de l’ennui et du mal être chez d’autres écrivains du XIXe siècle : en particulier, on étudiera le « spleen » comme une sorte de nouveau « mal du siècle ». De là, opérant une recherche sur l’expression du « vague à l’âme » dans la littérature antérieure, il sera fructueux de trouver des précurseurs à Baudelaire au début du XVIIe siècle, voire au XVIe. Mais les auteurs classiques s’étant eux-mêmes inspirés des poètes de l’antiquité (les latins avaient l’expression « tædium vitae » pour désigner le dégoût de vivre), nous voici renvoyés à la poésie du chagrin dans la littérature occidentale (qui comprend aussi des textes religieux, comme la parole du Christ : « Mon âme est triste à en mourir. »)… Tout cela n’est pas indispensable pour comprendre le poème de Baudelaire, bien sûr, mais permet de lui donner un éclairage complémentaire, de circonscrire son originalité propre, et aussi de cerner les constantes du « mal de vivre » chez les hommes.
    Rien ne nous empêche alors de parcourir les siècles dans l’autre sens, vers l’aval, et de chercher dans notre modernité des échos du « spleen » baudelairiens, en le mettant par exemple en rapport avec la « nausée » sartrienne ou « le sentiment de l’absurde » chez Camus, sans parler des multiples expressions du désespoir dans la littérature du XXe siècle.
    Ces considérations sont sans limites. C’est la richesse de l’intertextualité. Cette richesse, cependant, ne doit pas faire oublier les dérives possibles que nous avons signalées plus haut, — le principal danger étant de remplacer l’étude du texte (qui doit demeurer première) par l’exploration de tout ce qui peut s’en rapprocher, autour, avant, ou après.

    Bruno Hongre (2004).


    NOTES


    1) Racine dit clairement dans la préface de Phèdre qu’il a pris son sujet chez Euripide et qu’il a dû lui apporter quelques modifications, mais il précise : « Je n’ai pas manqué d’enrichir ma pièce de tout ce qui m’a paru éclatant dans la sienne. » Ainsi, nos auteurs classiques se glorifient de leurs emprunts et s’excusent de leur invention !

    2) A ce sujet, je me permets de renvoyer au commentaire d’environ 1200 expressions et citations que j’ai rassemblées dans un livre récent : Réviser vos Références culturelles (Ellipses, Paris, 2003). Ce sont pour ainsi dire 1200 exemples d’intertextualité !

    3) En ce qui concerne le simple usage des mots, bien entendu, il ne suffit pas que deux auteurs à peu près contemporains emploient de nombreux termes identiques pour en conclure que l’un a influencé l’autre. Car au niveau du pur vocabulaire, les écrivains puisent le plus souvent dans le même corpus, qu’il s’agisse du langage de leur époque (l’âge classique), d’une mode provisoire (le courant précieux) ou d’un genre codé (par exemple, la langue soutenue de la tragédie). C’est en faisant cette confusion que de récents chercheurs ont voulu attribuer à Corneille les œuvres de Molière !!!

    4) Voir à ce sujet la façon dont Jacques Brel s’est emparé du mythe de Don Quijote

    5) On peut faire la même remarque à propos du « schéma actantiel », en narratologie : il permet d’éclairer toute forme de narration, mais il ne suffit pas à montrer l’originalité de tel ou tel récit. Il ne faut donc pas en faire un outil « passe-partout ».

    Bruno Hongre ©2004


                                                                            Illustration : Emilio Danero


  • http://frandidac.eklablog.com/
    Voici quelques consignes qui vous permettent de réaliser un exercice préparatoire à la dissertation

     

    1) Consignes générales

    La première partie du devoir a pour titre « Compréhension du titre »

    - Indiquer ensuite le sous-titre « Définition des mots» et définir les principaux mots du titre
    que l’on place l’un en dessous de l’autre (souligner les mots) : ne donner que la définition qui convient en tenant compte du sens de la phrase.

    - Indiquer ensuite le sous-titre «Autre phrase» et créer une autre phrase qui a exactement le même sens que celle du sujet donné (ne pas créer une phrase plus compliquée que celle de l’auteur!).

    La deuxième partie du devoir : rédiger un développement en deux parties (min. 65 lignes pour les deux parties) en indiquant comme sous-titre part de vrai pour la première partie et part de faux pour la deuxième partie.


    2) Comment réaliser concrètement ce travail ?

    • Nécessité de lire attentivement le titre plusieurs fois (cf. il faudra discuter le problème évoqué par le titre : seulement ce titre et pas seulement un mot du titre !).

    • Parmi les divers sens de chaque mot du titre, il faut retenir le sens qui paraît répondre à l’intention profonde de l’auteur. Dans cette recherche on peut être aidé :
    - Par la confrontation des mots qui permettra d’écarter certaines significations
    invraisemblables.
    - Par une certaine connaissance de l’auteur de la citation (le placer dans son siècle).

    • La deuxième partie du devoir répond en fait à la question suivante: «Suis-je complètement d’accord avec l’affirmation de l’auteur ?». Il faut savoir que toute assertion contient une part de vérité et d’erreur. Par conséquent il convient :
    - Dans la part de vrai de révéler des arguments qui vont dans le sens de la phrase de l’auteur.
    - Dans la part de faux de donner des arguments qui contrecarrent ou nuancent le point de vue exprimé dans la phrase de l’auteur (il s’agit de percevoir les lacunes, les exagérations ou les risques de la pensée de l’auteur).

    • Il est indispensable de prouver tout ce que l’on avance. Pour ce faire on utilise des arguments. Voici quelques arguments que l’on peut utiliser dans la part de vrai et dans la part de faux. En outre prenons comme exemple la phrase suivante : «Je n'ai pas peur des ordinateurs. J'ai peur qu'ils viennent à nous manquer.» (Isaac Asimov)

    - Preuve par la notion ou preuve a priori : la simple analyse d’un mot ou d’une idée peut déjà fournir une preuve en elle-même.

    Si j’ouvre mon dictionnaire je peux lire que l'ordinateur, au sens étymologique du terme, signifie «machine électronique de traitement numérique de l'information». Voilà un argument dont je peux me servir pour rejoindre le point de vue de Asimov, L'ordinateur n'est donc qu'une machine : une machine n'a jamais satisfait totalement l'homme !

    - Preuve par la cause : pour découvrir la cause il faut poser la question : «Pourquoi ce fait est-il vrai?»

    Posons, par exemple, la question suivante : «Pourquoi cette peur est-elle fondée ?». Nous pouvons répondre de la façon suivante : « Parce que l'homme est un être qui, parfois, recherche une trop grande facilité. À ce titre il se repose souvent sur la machine qu’il croit toute puissante et qu'il considère ainsi comme un maillon essentiel dans sa vie. Il en est donc souvent très dépendant ! Il oublie que l’ordinateur n’est qu’une machine : une machine, à la différence de l’être humain, ne peut pas nous manquer !

    - Preuve par la conséquence : on montre la vérité d’une idée au moyen de ses conséquences.

    Reprenons notre sujet et posons, par exemple, la question suivante : «Quels sont les dangers de cette croyance absolue en l'ordinateur ?» Si l'homme est dépendant de l'ordinateur au point d'avoir peur qu'il lui manque, il risque de ne plus croire en ses propres capacités qui sont en fait bien supérieures à celles de la machine ! Il risque de voir en l'ordinateur un être humain capable de combler tous ses manques !


    - Preuve par l’analogie : il s’agit de tirer argument d’une idée ou d’un fait appartenant à un autre domaine. Le fait qui me sert de preuve doit être, dans son domaine, en une identique condition que le fait que je veux prouver. C’est un raisonnement à quatre termes (A est à B comme C est à D).

    Pour prouver que la dépendance vis- à-vis de l'ordinateur est néfaste, je pourrais affirmer que le l'ordinateur peut nuire à l'homme comme le travail peut nuire au bien-être. Le travail, pourtant bien nécessaire dans notre société, peut rendre l'homme esclave, comme l'ordinateur, dont il ne faut pas nier les avantages, risque de rendre l'homme totalement dépendant de la machine.


    - Preuve par l’exemple : on fait allusion à un fait particulier qui appartient au même domaine. Si l’on utilise la preuve par l’exemple, l’exemple doit toujours illustrer une idée générale : on ne peut donc jamais commencer un raisonnement par un exemple.

    Je montrerai que les ordinateurs ont créé parfois des situations conflictuelles et je ferai donc allusion à certaines entreprises. Je prouverai également que certaines personnes en sont vraiment dépendantes en faisant allusion à des exemples concrets (perte de contact avec la vie familiale...)


    - Preuve par le témoignage (argument d’autorité) : faire allusion à une déclaration d’une personnalité importante, donner une citation... Déclaration et citation révélant les méfaits de l'ordinateur si on considère celui-ci comme un outil dont on ne peut plus se passer. Pourquoi aussi ne pas faire référence à l’auteur de la citation ?

    • Voici 13 sources où l’on peut puiser les arguments pour la deuxième partie (ces 13 sources ne doivent bien sûr pas être toutes utilisées !). On veut prouver, par la conséquence, que la justice est une notion indispensable. On peut le prouver en faisant un choix parmi les sources suivantes :

    - Plan physique, plan psychologique et plan spirituel.
    - Plan technique, plan politique, plan social, plan économique, plan juridique.
    - Plan de la connaissance, plan de la création artistique, plan philosophique, plan moral et plan religieux.

    • Dans la deuxième partie, il est conseillé d’ordonner les preuves (commencer par un argument de force moyenne, terminer par l’argument le plus fort, placer entre les deux les arguments les plus faibles).

    • Pour apprendre à nuancer ma pensée je peux appliquer la théorie du carré logique à partir duquel les logiciens ont construit leurs syllogismes. Voici les quatre propositions du carré logique :

    Tout homme est juste (générale affirmative).
    Aucun homme n'est juste (générale négative).
    Certains hommes sont justes (particulière affirmative).
    Certains hommes ne sont pas justes (particulière négative).

    Montrons maintenant comment nous pouvons appliquer cette théorie du carré logique. Admettons que je doive réaliser une dissertation sur le sujet suivant : «Les émissions de télévision nous enrichissent».
    Je peux montrer par l’exemple (en appliquant donc le carré logique) :
    - que certaines émissions sont enrichissantes pour les enfants (certains bons dessins animés par exemple) et d'autres sont enrichissantes pour les adolescents et les adultes (voir les quelques bons films qui passent parfois à la télévision !).
    - qu’ aucune émission n’est enrichissante dans certaines circonstances (lorsque par exemple nous sommes accablés par la fatigue. D’où l’intérêt de présenter certaines émissions à des heures pas trop tardives).
    - que d’un certain point de vue, toutes les émissions peuvent être enrichissantes (les émissions les plus stupides nous permettent de décoder leur idéologie et donc, d’une certaine façon, nous obligent à ne pas nous laisser manipuler).
    - que certaines émissions sont enrichissantes pour tous (voir les documentaires animaliers par exemple).
    - que certaines émissions ne sont enrichissantes pour personne. («Les feux
    de l'amour», «Loft Story» !).


    Derniers conseils

    • Comprendre le titre

    • Je conseille dans un premier temps de partager la feuille de brouillon en deux colonnes et d’indiquer sous forme de plan dans la colonne de gauche les arguments qui défendent le point de vue de l’auteur et dans la colonne de droite les arguments qui nuancent ou critiquent son point de vue. Ensuite mettre de l’ordre, supprimer les idées répétées...

    • Un texte suivi avec alinéas corrects est indispensable (créer des mots-liens entre les alinéas et entre certaines phrases de l’alinéa).

    • Les idées doivent s’enchaîner logiquement : on doit avoir l’impression de lire une «mécanique bien huilée» qui progresse vers un but (la pensée doit progresser avec ordre) :
    - Ne pas se répéter
    - Ne pas oublier les liens logiques

    • Ne pas montrer au lecteur que vous utilisez des preuves (ne pas écrire: «Pour défendre cet argument j’utiliserai la preuve par la conséquence !»).

    • Au début des différentes parts (part de vrai et part de faux) indiquer ce dont on va parler.

    • Bien sûr les deux parties ne doivent pas avoir une longueur équivalente.

    • Toutes les idées doivent être prouvées (éviter les affirmations gratuites).

    • Bien cerner le sujet choisi (analyser le sujet le plus complètement possible).

    • Ne jamais quitter le sujet proposé (éviter les digressions).

    • Utiliser plusieurs arguments :
    - Au moins trois arguments (trop d’étudiants n’utilisent que la preuve par l’exemple : faute grave, car l’argumentation est alors insuffisante).
    - Une preuve peut être utilisée à l’intérieur d’une autre preuve (je peux prouver par la conséquence que la technique est utile à l’homme et à l’intérieur de cet argument utiliser la preuve par l’exemple («grâce à l’ordinateur le travail s’exécute plus rapidement. Ainsi certaines entreprises comme..., ont pu augmenter leur productivité grâce à cette machine»).
    - Des preuves identiques peuvent être utilisées aussi bien dans la part de vrai que dans la part de faux.

    • Ne pas créer une rupture trop brusque entre la part de vrai et la part de faux (commencer, par exemple, la part de faux de la façon suivante: «Néanmoins il me semble que l’auteur devrait davantage nuancer son point de vue.»)











    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique